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Gardiens du Mémorial(1)
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Anthony Ekobo
Alexandre Drahon
1 janvier 1971 - 19 avril 2020
1 janvier 1971 - 19 avril 2020
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Hommages
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Anthony Ekobo
Où tout était divin, jusqu'aux douleurs humaines Où le monde adorait ce qu'il tue aujourd'hui Quand le berceau du monde en devint le cercueil Regrettez-vous le temps où nos vieilles romances Où la Vie était jeune, - où la Mort espérait Comme au souffle du nord un peuple de roseaux Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux Maintenant le hasard promène au sein des ombres L'esprit des temps passés, errant sur leurs décombres Du plus pur de ton sang tu l'avais rajeunie Nous, vieillards nés d'hier, qui nous rajeunira Nous sommes aussi vieux qu'au jour de ta naissance Nous attendons autant, nous avons plus perdu Plus livide et plus froid, dans son cercueil immense Avec qui marche donc l'auréole de feu Où donc vibre dans l'air une voix plus qu'humaine La Terre est aussi vieille, aussi dégénérée Tressaillant tout à coup comme une femme enceinte Sentit bondir en elle un nouvel univers Tout ici, comme alors, est mort avec le temps Mais l'espérance humaine est lasse d'être mère Et, le sein tout meurtri d'avoir tant allaité Elle fait son repos de sa stérilité Sous les rayons tremblants des blafardes lanternes Sur une table chaude ou sur un coup de dé C'étaient ses passions ; - il les laissait aller Pour s'y chercher dans l'ombre, et s'ouvrir les entrailles Comme de gais oiseaux qu'un coup de vent rassemble Soulevait sur sa lèvre un rire inextinguible Aujourd'hui rien n'est beau, ni le mal ni le bien Les siècles, en passant, ont fait leur grande route Entre les deux sentiers, dont il ne reste rien L'acier chaste et brûlant du glaive redoutable L'habitude, qui fait de la vie un proverbe Le monde souriait en le regardant faire C'était un noble coeur, naïf comme l'enfance Bon comme la pitié, grand comme l'espérance Et ce jour-là fut court comme une nuit d'été Pour boire l'eau du ciel sur ses palmiers poudreux Elle cherche son puits dans le désert immense Le soleil l'a séché; sur le rocher brûlant Les lions hérissés dorment en grommelant Alors elle se couche, et ses grands yeux s'éteignent Sous leur ciel embrasé penchent leurs longs cheveux Les flots silencieux de son linceul mouvant Et des puits dont le ciel n'a jamais vu le fond Et sécher aux rayons d'un soleil irrité Et qui n'a pour tout bien qu'un mot : la liberté Voltige par instants un faible et doux soupir Quand, le soir, sur les mers voltige le zéphyr Sous les baisers ardents de ses fleurs bien-aimées Ses longs cheveux épars la couvrent tout entière Le ciel sur la beauté répandit la pudeur Elle dort toute nue et la main sur son coeur N'est-ce pas que la nuit la rend encor plus belle Dans ce mélancolique et chaste paradis N'est-ce pas qu'il est pur, le sommeil de l'enfance Que le ciel lui donna sa beauté pour défense Dans l'air qu'elle respire on sent frissonner l'aile Quelle est donc cette femme assise à ton chevet En secouant la tête et d'un air inquiet Pour qui donc ces flambeaux, et qui donc va venir Qui que ce soit, tu dors, tu n'es pas son amante Les songes de tes nuits sont plus purs que le jour Et trop jeunes encor pour te parler d'amour Tes cheveux sont mouillés. Tes mains et ton visage Où donc t'en allais-tu par cette nuit d'orage Les cheveux en désordre et se traînant aux murs Aux dernières lueurs de sa morne clarté C'est un rêve insensé qui m'a frappé les yeux C'est le parfum des fleurs, c'est une huile légère Silence! quelqu'un frappe, - et, sur les dalles sombres Un pas retentissant fait tressaillir la nuit Une lueur tremblante approche avec deux ombres Sous son manteau de feu, comme une ombre légère Oui, le poison tremblait sur ta lèvre livide La spirale sans fin de ton long suicide Comme un roc, en hiver, par la froidure usé Une goutte de sang de ton bras décharné Oh! sur quel océan, sur quelle grotte obscure Sur quel bois d'aloès et de frais oliviers Sur quelle neige intacte au sommet des glaciers Un vent d'est aussi plein des larmes du printemps Quand le ciel te donna de ressaisir la vie Berçait vos longs baisers et vos adieux sans fin Sous la tiède oasis du désert embaumé Tout trahir et tout perdre était ta destinée Qu'on te rende le ciel, tu le perdras encore Tu sais trop bien qu'ailleurs c'est toi que l'homme adore Avec lui de nouveau tu voudrais t'exiler Pour mourir sur son coeur, et pour l'en consoler Je ne sais quoi d'horrible et presque diabolique Le faisait jusqu'aux os frissonner malgré lui Comme le chant lointain d'un oiseau passager Et cette triste nuit, - nuit de mort, - la dernière Cet être misérable, un brin d'herbe, un enfant Cette beauté céleste, et quelle flamme pure C'est toi qui, chuchotant dans le souffle du vent Au milieu des sanglots d'une insomnie amère Vous qui vivez gaiement dans une horreur profonde De tout ce qui n'est pas riche et gai comme vous Vos amours sont dorés, vivants et poétiques Que l'esprit du vertige et des bruyants repas Chantons l'or et la nuit, la vigne et la beauté Il est tombé sur nous, cet édifice immense Dans un cloître désert ou dans un vieux château Des sanglots inouïs, des plaintes oppressées Où les ont-ils appris, ces mots si pleins de charmes Et le vent qui frémit, et toute la nature Et des parfums fumants, et des flacons à terre Point d'amour! et partout le spectre de l'amour Lorsque le doux sommeil avait fermé vos yeux Il la regardera dans l'espace élancée En songeant à la mort, il regarda les cieux Son beau rêve adoré, sa liberté chérie Il ne voulait plus croire aux choses de la terre Mais les oiseaux du ciel en sont épouvantés En longs ruisseaux de sang se déchiraient les nues Ange des souvenirs, sont-ce là tes sanglots Comme ils savent rouvrir les fleurs des temps passés Et nous ensevelir, eux qui nous ont bercés L'enfant dans le sommeil, et l'homme dans la mort Les épaules d'argent de la Nuit qui frissonne Dites-moi, terre et cieux, qu'est-ce donc que l'aurore Qu'importe un jour de plus à ce vieil univers Quand des feux du matin l'horizon se colore Si vous n'éprouvez rien, qu'avez-vous donc en vous Ô terre! à ton soleil qui donc t'a fiancée Que chantent tes oiseaux?
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